Parce que !

Après l'orage

Il y eut les attentats de Charlie Hebdo, il y eut le procès.. Et après?

La poésie peut-elle quelque chose contre l’épouvantable violence qui anime certains et les pousse à tuer?
Hélas non. La justice non plus.
Ni même à consoler!
Mais justice doit être faite.

Après la salle d’audience, que reste-t-il ? La vie et quelques mots…
Une poétesse ose en parler.

Aujourd’hui Natacha Wolinski avec Endormir l'orage

Un livre à lire avec prudence, respect (cela ne fait aucun doute) et silence dans le cœur.

Natacha Wolinski nous parle de l'imprononçable. Une tuerie, une boucherie, une déflagration aussi dans le monde de la presse, un procès qui ne connaîtra jamais la véritable vérité mais bien un deuil sans fin.

Reconnaître encore une fois ceux qui ont disparu, ces familles qu’elle ne connaissait pas mais désormais la sienne, pas seulement celle de son sang mais celles du sang, tout le sang qui a coulé, celle des victimes et ceux qui ont dû les porter en terre. Reconnaître des visages, citer des noms, ne pas oublier, ne pas oublier !

C’est encore la famille des mots, ceux qu’on écrit avec des lettres, et d’autres avec des traits joviaux, des gribouillages ou des traits bien léchés, la famille des caricatures, des bons mots, des blagues potaches, la famille des rebelles, qui pensent autrement ou qui disent très exactement ce que d’autres ne font que penser.

C'est surtout retrouver les souvenirs perdus et capturer ceux qui s'effacent avec ce père tombé sous les balles.

« J'ai perdu un père,
j'ai perdu les fines arêtes
de ses silences,
mais plus encore
j'ai perdu le fondement,
la trajectoire»

La trajectoire, cette ligne tracée depuis des générations, à travers les époques, les pays pour vivre en toute liberté.

La poésie de Natacha Wolinski est légère dans sa versification, elle est lourde dans ce qu'elle parvient à exprimer, elle est profonde comme l'incompréhension, celle du pourquoi, celle de la vie, du quotidien quand il n'a plus rien de quotidien.

Nous aimons ses images légères comme des ailes de papillons :

« la salle des âmes perdues »

Nous aimons autant ses métaphores glaciales:

« J’ai appris à désherber les tombes
Le marbre ingrat des testaments, je sais le déchiffrer »

Nous nous effrayons de ses moments de lucidité face à l'impuissance de nos sociétés à faire avancer les choses dans le bon sens:

« je ne suis qu'une moucheture
sur le pare-brise fêlé
de l'Europe »

Par dessus tout, malgré tout, grâce aux mots peut-être, l'orage doit se taire et la vie reprendre son cours dans cette salle des « âmes perdues ».

Ou si elle ne le peut pas, au moins regarder une dernière fois en arrière et ne pas oublier.



Thierry Noiret 2026-09-25
Cette modeste chronique n'engage absolument que moi.

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